AFRIQUE/TUNISIA – Dignité pour la famille humaine: le véritable printemps

Du 26 au 30 mars sur le Campus Universitaire d’Al Manara, à Tunis, s’est tenu le 13ème Forum Social Mondial né au Brésil en 2001. Comboniennes et Comboniens y ont pris part en tant que famille missionnaire et y ont organisé le 4ème Forum social Combonien (Traduction Jean Goossens).
Tunis, 1 Avril 2013

Le Forum Social Mondial (FSM) est toujours un grand événement : 25.000 participants à Nairobi (Kenya), 110.000 à Belém (Brésil), 30.000 à Dakar (Sénégal), 55.000 à Tunis (Tunisie) avec environ 4.500 organisations.
C’est le 4ème auquel je participe et, comme événement la FSM ne m’a jamais déçu. Inoubliables resteront les couleurs, les danses, les costumes des peuples bergers et le marathon dans les bidonvilles à Nairobi ; l’allégresse et la joie de vivre des soixante mille jeunes à Belém se fondent dans mes souvenirs avec le soleil de Gorée, l’île des esclaves, les pécheurs, les tambours et la téranga –l’hospitalité- sénégalaise de Dakar.
A Tunis, l’austérité islamique a banni les danses, réduit les couleurs et l’exubérance mais non pas la vie ni les rêves de la jeunesse et non plus les tensions entre fondamentalistes et modérés, entre la délégation marocaine et les Sahraouis, entre ceux qui appuient et ceux qui combattent Bashar el-Assad en Syrie. L’amabilité berbère d’un peuple qui plonge ses racines dans le désert et dans l’histoire du christianisme originel a néanmoins créé une atmosphère d’ouverture et de sérénité impressionnante.
Ce FSM est cependant quelque chose de plus : c’est une expérience de démocratie participative, l’unique espace dans lequel la société civile d’innombrables pays se retrouve pour dialoguer, réfléchir, chercher des voies pour construire le Monde meilleur auquel tant aspirent. Les Statuts du Forum le veulent espace ouvert à tous et à tout : un arc-en-ciel d’idéaux, d’ONG, de projets aussi avec le risque de confusions et de contradictions qui parviennent souvent à dominer et à étouffer le dialogue et la recherche sérieuse.
A Nairobi, la classe politique provoqua du malaise en s’appropriant des ressources économiques du Forum ; à Belém la présence obsédante des homosexuels, les millions de préservatifs distribués aux jeunes par le gouvernement parce que « on ne sait jamais », la prolifération d’images offensives pour d’autres credo et d’autres convictions m’avaient laissé perplexe quant au futur monde meilleur qu’on cherchait ; à Dakar, le gouvernement, craignant la protestation du fait de la proximité des élections présidentielles, retira son soutien au Forum, provoqua une confusion logistique qui fit échouer plus d’un tiers des séminaires et montra comment l’utopie démocratique se dissout facilement face aux dictatures aussi bien présidentielles.
A Tunis aussi les tensions politiques intérieures étaient évidentes, comme l’étaient les peurs de ceux encore choqués par les violences qui, en février passé, avaient provoqué le meurtre du chef de l’opposition et par un printemps aux multiples espoirs qui n’aboutit pas en politiques partagées. La sérénité du peuple et le sens de la mesure auquel l’opinion publique a contraint l’actuel gouvernement se sont néanmoins imposé malgré les protestations palestiniennes virulentes : les commerçants ne fermeront pas boutique, le Forum deviendra un stimulant au tourisme et à l’artisanat, la cordialité et l’honnêteté créeront un environnement de participation perçue aussi dans les menues relations personnelles. Je pense à la simplicité avec laquelle un conducteur de taxi vint chercher le propriétaire d’un passeport oublié dans son taxi et au tenancier du bar qui s’occupa à récupérer l’appareil photographique oublié en payant le café. Ils sont l’image du Forum de Tunis : une semaine de recherche et de dialogue, loin des yeux des barons de la finance et des affaires. Les oubliés de l’économie de marché et de la globalisation parleront de justice sociale et de lutte anticorruption, du droit à un emploi digne et créatif, de la dignité de tout citoyen et de son droit à la liberté démocratique. Les thèmes du Forum naissent de la conviction qu’un Monde meilleur est possible et c’est cela qui fait du Forum Social une institution mondiale de la société civile, combattue mais aussi redoutée par l’oligarchie économique et financière.
Le Forum peut-il créer maintenant et ici un monde qui s’oppose au Davos des monopoles multinationaux, de la spéculation financière, d’un scandaleux consumérisme sans frein ? Pour la première fois c’est ce qui à Tunis m’est apparu comme une réelle possibilité, même avec des limitations, et non seulement comme une belle utopie : la justice sociale pour tous, la paix partagées, un futur d’espoir pour toute la société et tous les peuples sont rendus possibles par les notables convergences qui sont apparues lors de Forum de Tunis.
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