Un jour j’avais vu ma mère acheter un sac de charbon de bois à quatre jeunes filles qui le vendaient (elles auraient entre 10, 12, 13 et 14 ans). Elles avaient divisé le poids de leurs charges car elles venaient à pied d’un village situé à 18 kilomètres de Sarh. J’avais vu un sourire sur leurs visages, mais la plus jeune semblait plus triste. Je pensais que c’était à cause de la fatigue pour avoir marché longtemps et aussi elle devait faire encore 18 kilomètres pour rentrer dans son village. Ce jour-là, j’avais un paludisme très fort avec une fièvre de 39°, je l’avais simplement regardée et je lui avais fait un sourire et elle m’avait souri en retour. Quand les trois sortaient de notre concession, ma mère leurs avait offert de l’eau á boire avant qu’elles ne soients parties. Après leur départ, je m’étais suis posé la question, il n’y a pas d’autre moyen de transport pour que ces adolescentes puissent en faire usage pour transporter leurs marchandises du village à la ville pour les vendre? Comme elles, nombreuses sont les adolescentes qui vivent dans des conditions pareilles. Que peut-on faire? Des idées, j’en ai, mais comment faire pour les réaliser?

Selon mon expérience missionnaire soit en Europe, comme actuellement, en Amérique Latine, j’ai découvert que les cultures sont complémentaires ; j’ai beaucoup appris et je continue á apprendre de la mission. Cela m’amène à me souvenir de l’un des messages de la Journée Mondiale des Mission où le pape X disait: “La FOI se fortifie quand on est capable de la partager”. C’est pourquoi j’aimerais partager avec vous deux valeurs de ma culture : la solidarité et la résilience.
Tout être humain naît avec des valeurs, valeurs innées et, en grandissant, la personne peut les développer en fonction de l’influence de son entourage. Au Tchad, en général, les gens sont très solidaires, et selon l’ethnie à laquelle la personne appartient, cela peut s’accentuer plus ou moins selon l’influence de l’entourage. Par exemple, dans mon groupe ethnique Sara-Kaba, en cas de souffrance causée par une maladie, un accident ou autres malheurs, même la personne la plus pauvre du village fait un geste de présence physique et « tend sa main » (donne quelques choses) à la famille y/ou á la personne qui souffre, la famille éprouvée, mais toujours chacun le fait selon ses possibilités.

En cas de deuil, même une personne malade qui n’est pas en mesure de se rendre physiquement pour présenter ses condoléances á la famille endeuillée, fera parvenir ses condoléances à travers une autre personne. Un autre aspect, lorsqu’une personne du village meurt, toutes les activités du village sont paralysées ou bien on les arrête pour compatir, participer au deuil: trois jours si le défunt est un homme, et quatre jours si c’est une femme. Pendant ce temps, tous les parents, amis, voisins et autres connaissances apportent leurs contributions, soit en nature ou argent pour soutenir la famille éprouvée. Toutes les contributions pécuniaires ou matérielles sont pour alléger les dépenses de l’enterrement, assurer le repas pour tous ceux qui viennent présenter leurs condoléances et pour d’autres éventualités funéraires. Je peux affirmer que cette pratique de valeur culturelle n’est pas seulement réservée á ma culture ethnique Sara-Kaba, sinon elle se vit presque dans toute l’étendue du Tchad, mais beaucoup plus au sud du pays.
Une autre valeur que je considère très importante est celle de la résilience. Quand je vois des mères qui portent de l’eau ou du bois de chauffage, ou qui portent leurs biens sur leur tête et le bébé au dos, je me dis que ces femmes sont très fortes, qu’elles ont une grande résistance physique, mais aussi une grande résilience, une grande force intérieure. Parfois, lorsque je vois des enfants ou des adolescents porter des poids lourds et marcher pendant des kilomètres, ou traverser une rivière à pied, cela me brise le cœur de voir tant de souffrance. Chaque fois que je me suis approchée d’eux, c’est avec un visage pitoyable et souvent j’ose leur poser la question du pourquoi ils portent toutes ces charges et faire tant des kilomètres dans cette condition ? Ils me répondent tout simplement : “Et que pouvons-nous faire ? Vu tout cela, Oui, je ne peux qu’affirmer : les tchadiennes et les tchadiens sont très résistants, persévérants et forts.
Pour paraphraser le pape François, je dirais : “Ne vous laissez pas voler l’espoir …”.
Que Dieu nous bénisse et qu’Il ouvre nos cœurs pour aller à la rencontre des plus démunis et des plus abandonnés.
Á bientôt!
Kimala Nanga Benjamine, smc
Missionnaire au Pérou
